Rosa rosa rosam !

Vendredi soir. 20h30. Restaurant Chez Françoise. Je ne pensais pas que tu aurais le culot de te montrer ici. Nos regards se croisent au loin, l’atmosphère est lourde. Je suis venu ici pour me détendre, et cet endroit est beaucoup trop petit pour nous deux, tu le sais aussi bien que moi. Il y a foule chez Françoise ce soir mais c’est bien vers moi que tu te diriges. A pas feutré. Le sourire aux lèvres. Tu t’approches. Je te fais « non » de la tête mais tu ne veux rien entendre. Jusqu’à l’instant où le couperet tombe : « Biinsoir, une rose pour la jolie demoiselle ? ».

C’est peut-être le dernier grand mystère du XXIème siècle ! Vous ne vous êtes jamais demandé, vous, pourquoi on croisait des vendeurs de roses par centaine dès le vendredi soir ? Alors qu’ils ne vendent pour ainsi dire jamais rien ? Alors si, une fois par an, à la fin d’un enterrement de vie de garçon, il y a toujours le mec le plus alcoolisé de la bande pour négocier le bouquet entier pour 20€ … et tenter pathétiquement d’emballer la gazelle de sortie de boîte … mais de là à rendre ce petit business rentable …

En revanche, toi, ça te pourrit la soirée à coup sûr ! Deux options s’offrent alors à toi dans ces moments-là (pas de stress, aucune ne te sauvera) :
– Soit tu prends la tête d’Al Pacino dans Le Parrain pour repousser inlassablement les assauts du vil commerçant (qui ne manquera pas de t’embarquer dans une bataille de regards des plus épiques et de te proposer 10 fois sa camelote avant de changer de table) … et tu passes pour un goujat !
– Soit tu cèdes et glisses une pièce de 2€ dans la main du fleuriste made in Bollywood … et tu passes pour un ringard, toi et ta fleur à 3/4 fanée …

Pour être totalement transparent, une troisième solution existe, une sorte de coup de poker finalement : sourire en coin, tête haute et ton affirmé, tu devances l’inconfortable question pour lancer le légendaire « Merci mais on a déjà baisé ! ». 
Bien évidemment, en cas d’impact négatif sur la longévité de votre couple, LCDL ne pourra être tenue responsable …

« Y a-t-il une oreille assez fine pour entendre le soupir des roses qui se fanent ? – Arthur Schnitzler ». Tu perds ton temps Arthur, je ne t’achèterai rien à toi non plus …

Bon lundi !

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